LA mort, pensée leibnizienne

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LA mort, pensée leibnizienne

Message par Littlewingrunner le Sam 26 Mai - 14:38

Je suis en travail sur Leibniz ( ou Leibnitz tel que l'écrivait d'Alembert) en ce moment, et je suis tombé, en lisant les cours de Deleuze sur ce philosophe-physicien-mathématicien-logicien-juriste, sur une définition de la mort qui me paraît pour les moins intéressantes ( je voudrais souligner ce mot parce qu'en philosophie on se réfère trop souvent au vrai et au faux tout en oubliant cette catégorie qui me semble bien plus pénétrante), ou, si l'on veut, singulière, c'est à dire sortant de l'ordinaire, de la norme.

"Et encore une fois, non pas qu'elles envahissent ma conscience, mais c'est ma conscience qui s'étend, qui perd tout son pouvoir propre, qui se dilue parce qu'elle perd conscience de soi, mais très bizarrement elle devient conscience infiniment petite des petites perceptions inconscientes. Ce serait ça la mort. En d'autres termes, la mort ce n'est rien d'autre qu'un enveloppement, les perceptions cessent d'être développées en perceptions conscientes, elles s'enveloppent en infinité de petites perceptions."
L'aperception est définie chez Leibniz comme une perception consciente d'un tout qui ignore les parties : j'entend le bruit de la vague qui tombe sur la plage, non le bruit des gouttes, mais pour entendre le tout il faut bien que je reçoive les parties, et donc les particules infinitésimales ( Leibniz invente le calcul intégral ), que sont les gouttes. La perception est elle composée de ce que l'on perçoit inconsciemment de ces particules infinitésimales, c'est à dire l'intégralité de l'univers puisque Cyrius, à 80 000 milliards d'années lumières, interagit bien avec la terre de manière infiniment petite, et donc nous percevons nous même cette action. La mort serait donc un état de perte de conscience et de perte dans l'intégralité de l'univers ici, un retour ( peut être ) à un état de non conscience et d'interaction avec les parties.
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Re: LA mort, pensée leibnizienne

Message par Globouille le Sam 26 Mai - 15:36

Je pense tout le contraire. Pour moi, la mort est l'entrée dans la grande conscience, attendu que la limitation nous est imposée par notre incarnation terrestre. C'est un peu comme si l'on délivrait un prisonnier de la geôle où il a croupi presque un siècle, il voit le soleil dont il n'avait entr'aperçu que de vagues reflets, et il se dit : "c'est donc si beau !".

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Re: LA mort, pensée leibnizienne

Message par louisguimel le Sam 26 Mai - 16:40

La conscience est à mon sens une énigme absolue et non soluble par l'être. Le cerveau ne peut comprendre le cerveau. La conscience se ressent mais elle est inacessible à la compréhension. On peut en comprendre certains mécanismes, et tant mieux, mais on ne peut pas comprendre la conscience dans sa totalité.
Je ne comprend déja pas ce qu'est la conscience du vivant alors celle suposé du mort ... c'est peut être la frontière entre la raison et l'intuition spirituelle ou religieuse ....

D'après ce que j'ai lu et observé, la perception consciente projette plus qu'elle ne perçoit. Le cerveau projette des formes, des couleurs, des prévisions que les stimulis exterieurs confirment ou infirment. Notre cerveau cherche en permanence a synchroniser notre vision interne du monde avec des stimulis exterieurs. Ce qui permet au cerveau d'économiser une quantité abyssale d'énergie en 'temps de calcul'. Energie que le cerveau ne dispose pas si il devait procéder autrement. Le cerveau ne perçoit pas l'univers, il prend des points de repère dans la réalité pour faire fonctionner son monde virtuel à lui.
Un exemple: les couleurs. Les couleurs ça n'existe pas. C'est un élément purement mental synchronisé avec une gamme de fréquence lumineuse qui elle est bien réelle (mais qui n'est pas plus bleu que rouge, c'est uniquement une fréquence ... le bleu ou le rouge c'est dans notre cerveau)
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Re: LA mort, pensée leibnizienne

Message par Littlewingrunner le Sam 26 Mai - 18:34

" elle perd conscience de soi, mais très bizarrement elle devient conscience infiniment petite des petites perceptions inconscientes. " Globouille je pense que cette phrase n'est pas incompatible avec ton discours : on ne perd que sa conscience de soi, mais non la conscience du monde, la conscience se fait même une sorte d'harmonie, si l'on mystifie un peu la thèse leibnizienne, avec l'univers ( un cosmos donc).

Louisguimel, ton analyse est parfaitement juste, et cela correspond bien aux recherches contemporaines, notamment avec l'expérience de la fausse main : on présente à un individu une fausse main, que l'on caresse, en se faisant, en même temps, on caresse sa main à lui sans qu'il ne le voit. En 5 minutes l'individu pense que cette fausse main est la sienne, le cerveau ayant assimilé la sensation avec ce qu'il voit, projetant donc sa sensibilité sur l'extérieur. D'ou la totale véracité de ce que tu dis avec le verbe " projeter" qui est exactement ce que fais le cerveau. En cela Kant a à mon sens bien raison lorsqu'il dit que c'est les cadres de la sensibilité qui déterminent notre vision du monde, le monde n'est pas perçu, mais créé. Il serait entièrement différent si notre entendement et notre sensibilité l'étaient aussi. Scientifiquement on ne peut d'ailleurs montrer pourquoi une couleur n'est pas perçue par un son, ou un goût. Quant au problème de la conscience il est insoluble et remonte à des considérations infinies, il faudrait remonter à une conscience de la conscience qui se voit consciente elle même... etc.

Mais là n'est à mon avis pas le principal, Leibniz lui même était au courant de ces difficultés, lui même avancé sur son époque sur toutes les questions scientifiques. La conscience n'a pas le même champs de juridiction chez lui, "conscience infiniment petite des petites perceptions inconscientes" signifie juste ici que la conscience est l'ensemble des perceptions perçues. La mort serait donc une perte du soi, comme on le pense naturellement, mais cette perte du soi - soit qui permet la vie en autorisant les perceptions globales - inclue donc un retour à une immanence dans l'univers qui devient un cosmos harmonique, ou chacun entre en correspondance ( plus qu'en relation), avec le reste de l'univers. Si l'on y réfléchit comme cela ce n'est pas aussi mystique que ce que l'on pourrait penser. Chaque particule de matière perçoit, dans un sens très élargit, une infinité de perceptions infinitésimales. Le caillou à côté de moi perçoit l'influence de Cyrus à des milliards d'années lumière, et lui même influence Cyrus, il rentre en connexion ainsi avec l'univers dans son intégralité.

Mais en le disant comme cela on déforme quelque peu la théorie leibnizienne. Il faudrait d'ailleurs connaître sa philosophie pour en parler plus assurément, ce qui n'est nullement l'objet ( pour les curieux : http://www.webdeleuze.com/php/texte.php?cle=54&groupe=Leibniz&langue=1 ). L'idée est juste de partir de cette partie de phrase pour voir ce qu'elle a d'intéressant ( et non de vrai, ce que l'on ne saura probablement jamais ! ).
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Re: LA mort, pensée leibnizienne

Message par Opaline le Dim 27 Mai - 0:04

Globouille a écrit:Je pense tout le contraire. Pour moi, la mort est l'entrée dans la grande conscience, attendu que la limitation nous est imposée par notre incarnation terrestre. C'est un peu comme si l'on délivrait un prisonnier de la geôle où il a croupi presque un siècle, il voit le soleil dont il n'avait entr'aperçu que de vagues reflets et il se dit : "c'est donc si beau !".
J'ai également ce mode de pensée, cette conviction.



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Re: LA mort, pensée leibnizienne

Message par Globouille le Dim 27 Mai - 11:16

Je n'en doute pas, chère Opa.
Tu vas bien ? Il fait beau dans le Beaujolais ?
Ici, temps magnifique...

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Re: LA mort, pensée leibnizienne

Message par louisguimel le Lun 28 Mai - 16:32

Littlewingrunner,

Dans un des éléments qui constitue ce raisonnement, n'y a t'il pas une confusion entre interaction et perception ? Le caillou intéragit mais il ne perçoit rien. La perception et la conscience sont le resultat d'interactions. Mais l'intéraction n'est pas conscience. La conscience émerge des intéractions dans le sens qu'elle est plus que la somme des parties.
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Re: LA mort, pensée leibnizienne

Message par Littlewingrunner le Lun 28 Mai - 22:42

Tu as évidemment raison louisguimel. C'est justement ce à quoi je faisais référence en disant que je déformais ainsi la pensée de Leibniz, il est évident que la caillou n'est pas un être vivant, il n'a pas de perception ni de conscience mais interagit, car la perception suppose de toutes façons une conscience. On peut penser, plus tard, que la notion de monade chez Leibniz vient peut être régler ce problème...

Mais le vocabulaire leibnizien est assez spécifique, la conscience de l'infinitésimal n'est pas une conscience comme nous nous la figurons, je pense que l'opposition entre perception et interaction ne tient pas nécessairement dans ce système. Il est évident qu'une conscience qui perçoit l'infinitésimal sans pouvoir atteindre les singularités comme la vague n'a rien à voir avec une conscience tel que la notre qui perçoit le global.
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Re: LA mort, pensée leibnizienne

Message par Sarugaku nō le Jeu 7 Juin - 12:56

La mort, j'y pense, trop.
Le moment de réfléchir à ce qu'est la mort n'est pas encore arrivé pour moi.
Et je n'aime pas en général réfléchir sur ce genre de concepts...
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